Analyse par Salimata Kaboré

Le féminisme en Afrique subsaharienne

  • 10 juin 2019

Le féminisme selon les Africaines

Les mouvements féministes en Afrique sont pluriels et variés. L’Afrique subsaharienne a connu un dynamisme et des changements importants depuis environ soixante ans. Comme en Belgique, il existe parfois des confusions et des contradictions entre les mouvements féministes et les mouvements féminins qui utilisent des moyens différents pour défendre les droits des femmes et promouvoir plus de justice sociale. Les mouvements féminins manifestent la prise de conscience qu’il s’agit de traiter les femmes à part entière dans le processus de développement. Les mouvements féministes sont comme des relais politiques des mouvements féminins qui exercent un rôle d’organes stratégique et de plaidoyer.

Les féministes en Afrique font, comme ailleurs, l’objet de stigmatisations et de méfiance. En effet, elles mettent en question les modèles socio-économiques ainsi que la place et le rôle de la femme dans nos pays. Ainsi le féminisme est souvent une notion mal comprise et à connotation péjorative. Revendiquer ses droits en Afrique n’est pas sans risques d’exclusion sociale et politique. Et il est difficile pour certaines femmes de s’afficher comme féministes.

Les féministes sont parfois taxées d’élitistes car elles ne parleraient qu’aux femmes instruites et non aux femmes rurales. Cela nous rappelle les premières féministes belges auxquelles les ouvrières reprochaient d’être des bourgeoises[1]. D’autres sont critiquées parce qu’elles importeraient des idées occidentales pour créer des perturbations ou des conflits dans les sociétés africaines. D’où l’idée de « Nous ne brûlons pas nos soutiens-gorge ». Sira Diop[2] aurait dit : « Tout ce que nous voulons, c’est plus de droit et un peu de temps libre » [3]. « Dans le féminisme à l’africaine, il n’y a jamais eu de rejet de l’autre sexe. Au quotidien, nous ne rejetons pas le pouvoir masculin, nous tentons de nous l’approprier »[4].

De façon générale, on pourrait dire que les visions du féminisme selon les Africains portent une double marque : la primauté de la défense des droits des femmes et la nécessité du soutien des hommes pour l’amélioration et la réalisation des revendications des femmes. En outre, le changement des mentalités est indispensable pour améliorer certaines pratiques à l’égard des femmes perçues comme des dogmes et des acquis culturels et coutumiers. Être féministe peut aussi contribuer à libérer des frustrations psychologiques liées à la pression sociale et aux relations entre hommes et femmes. Enfin, il ne faut pas nécessairement être féministe pour défendre les droits des femmes[5].

Pluralité des tendances féministes
 

Les féministes ont des revendications diversifiées voire anarchiques. De plus, la façon de défendre le féminisme varie selon l’appropriation que l’on s’en fait ou non et le degré de militantisme.

Les différents courants féministes ont parfois des inspirations religieuses fortes et sont sous l’influence du passé historique. Il existe des féministes radicales, conservatrices, modérées, activistes, non-déclarées et des hommes féministes[6].

Les féministes radicales voient la suprématie de la femme par rapport à l’homme et rejettent les hommes qui, selon elles, prennent les femmes pour des objets sexuels et subalternes.

Les conservatrices croient à l’institution familiale, et au soutien de l’homme pour améliorer les conditions des femmes, donnent une place importante à la femme et prônent le respect de la femme en famille et en couple.

Les féministes modérées revendiquent leurs droits en « douceur » et réalisent le changement par les actions quotidiennes, surtout dans l’éducation des filles et des garçons.

Les activistes revendiquent leurs droits haut et fort par des actions fortes pour marquer les esprits[7]. Les féministes « non déclarées » ne savent pas qu’elles sont des féministes ou plutôt elles n’osent pas s’afficher comme telles même si leurs actions peuvent être qualifiées de féministes.

D’autres féministes se basent sur la religion et pensent que celle-ci joue un rôle majeur dans l’émancipation des femmes. Certaines vont plus loin en prônant l’idée que Dieu est une femme noire. Ainsi une jeune femme défendant ses idées dans ce sens portait un T-shirt « I met God and she is black ».

Enfin, il existe des hommes féministes et, grâce à certaines de leurs actions et décisions politiques ou socio-culturelles, l’émancipation des femmes a été renforcée en Afrique. Notons que la diaspora africaine en Belgique ou ailleurs en Occident joue un rôle important dans l’évolution du féminisme africain.

Malgré ces divergences, les organisations féministes ont un point fort en commun : elles s’associent pour exprimer leur militantisme et pour prendre des décisions relativement indépendantes de l’Etat, des bailleurs étrangers ou d’autres pressions externes[8].